Nouvelle humoristique
A tous ceux que j’aime dont le monde, la vie, le ciel et surtout la mer…
1
Le premier cri d’un nouveau né
« Que pouvons-nous trouver dans ce monde de plus beau que le premier cri d’un nouveau né ? Quand la petite frimousse se pointe toute rose et flétrie par l’éprouvant trajet qu’elle vient d’effectuer, et que l’on se dit en se regardant amoureusement : « c’est nous qui avons fait ce miracle ? ! », quel bonheur ! La nature n’a-t-elle pas fait les choses merveilleusement bien ? Ce petit être si fragile, si craquant, si petit, qui un jour sera, j’en suis sûre, un homme beau et fort, en pleine santé, doué pour les études gâté en amour, en amitié et par tout ce qui correspond au bonheur, est le fruit de mon sang, de ma chair, cela est si beau.
En ce qui me concerne, je n’ai eu personne à regarder amoureusement en lui disant qu’il avait bien fait les choses. Il est parti quand mon héros n’était encore qu’une cellule microscopique flanquée quelque part dans mes ovaires. Mais quand même, je me suis dit à moi-même que j’avais bien fait les choses. En clair, je suis fière de moi !
Et puis maintenant que la déprime post natale m’a fait perdre deux kilos de larmes, je suis heureuse. Je me sens bien. Mon petit bonhomme s’appelle Paul. Il a les yeux bleus de ma mère que je n’ai pas eu et les longs cils de mon père dont je n’ai pas hérité non plus. Il s’appelle Paul et je l’aime. Il est si beau. Ah ! je pourrais m’extasier pendant des heures à son sujet !
Enfin, voilà, je vous ai présenté le nouvel amour de ma vie. Au fait, moi, c’est Margo. J’ai fait un bébé toute seule et j’en suis fière, je l’aime, nous allons former une famille à nous deux. La meilleure du monde. Je vais me reposer pendant qu’il dort, l’accouchement a été long. »
2
Une vie qui s'arrête pour un jour qui commence
Margo est décédée des suites de son accouchement. Pendant la nuit, une hémorragie utérine fulgurante l'a emportée sans laisser à quiconque le temps de réagir. Paul est seul dans son petit berceau en plastique gravé au nom de la Clinique: la Sauvegarde. Il pleure.
L'autopsie nous révéla que l'hémorragie a été entraînée par le virus XZS que porte aujourd'hui toute femme qui a mangé un œuf une fois dans sa vie. Cet œuf étant bien évidemment empoisonné par le pridon, qui vient des gaz polluants et toxiques inhalés par les poules. Cette maladie nous tuera tous dans une vingtaine d'années. Peut-être avant, peut-être après, qui sait? Personne hélas. Nous avons joué avec les limites de la connaissance et maintenant nous sommes face au concept terrible de l'inconnu, de l'imprévisible. Qui vivra verra? Cest peut-être beaucoup dire...
Ce qu'il faut dire, c'est que ce petit Paul, qui n'a rien demandé à personne, se retrouve seul au monde. Son père ne sait même pas qu'il existe. Sa mère a été tuée par le monde hypermoderne. Il est seul, il est pur. Il pleure. Margo lui a dédié sa vie, il va falloir qu'il vive pour deux. Mais qui va l'aider?
«Mon pauvre petit bonhomme, tu es tout seul. Que va t-on faire de toi? Ta famille se résume à rien et même moins que rien. Oh oui tu es mignon! Oh que oui, ça c'est vrai! Tu me souries! Toi tu n'es pas rancunier au moins! La vie ne fait que commencer alors garde le sourire mon garçon, cela te servira. Bon courage petit homme! »
3
La loi de la jungle
Nom: Rollet
Prénoms: Paul Louis
Né le : 04 avri 1 2000
A : Lyon 9ième
Mère: Margo Rollet Née le: 01 mai 1976 Père: inconnu
A 18 heures 30
Voilà la fiche qui pendait au cou du petit Paul lorsqu'il fut transbahuté de foyers en familles d'accueil et de familles d'accueil en foyers. Entourés d'enfants à problèmes, il appris à lire et à écrire, ce qui était déjà une exception notable parmi ces enfants malchanceux. Il noya sa solitude dans la lecture. La nature le passionnait. Il lut de nombreux ouvrage sur les forêts, la mer, le ciel, les animaux et tout ce qui nous en;roure.
Lui, ce qui l'entourait se résumait à une meute d'enfants plus ou moins sauvages, souvent plus féroces que les bêtes sauvages que Paul rencontrait dans ses ouvrages.
Il grandit en se construisant un monde de rêve dans sa tête. Cela le sauva. Quand il alla à l'école, il apprenait tout en se disant que cela lui servirait plus tard à mieux comprendre le monde, à mieux comprendre la vie. Grande ambition pour un si petit homme! Mais il travailla dur, il était intelligent et réussit ses études.
Il fut si maltrai té cependant par ses éducateurs, ses pères provisoires, ivrognes à demeure, ses mères à mi-temps, fainéantes à plein-temps, qu'un jour il prit ses affaires. Il avait 24 ans. L'âge qu'avait sa mère quand elle lui donna la vie, et qu'elle perdit la sienne. Il partit dans la forêt.
4
La verte vie
Il se construisit un hutte dans un bois sombre de l'ouest lyonnais. Il se mit au vert, mangeant ce qu'il cueillait et ce qu'il chassait. Buvant l'eau de la source aux merveilles. C'est ainsi qu'il avait nommé le ruisseau qui jaillissait des rochers, sous la mousse, ces gouttes d'eau qu'il remerciait chaque jour de lui offrir la vie.
Il avait travaillé pendant les cinq années précédentes. Son « pactole» lui avait permis de s'acheter les nécessités vitales comme quelques vêtements et quelques outi Is qui lui permettraient d'améliorer son humble demeure chaque jour qui passait.
Il chercha dans la forêt ce qu'il avait lu dans les livres et ne trouva pas grand chose de tout cela. Les champignons étaient en voie de disparition car la pollution absorbait toute l'humidité de l'air et empêchait alors les moisissures de se former. Les oiseaux avaient migré en direction du Nord car la température était devenue trop élevée pour eux. Les arbres n'avaient plus de feuilles car la pluie était devenue trop acide. Le sol n'avait plus de vers car il était délavé par
la pluie qui n'était plus retenue par les arbres que les hommes avaient coupés. Le ciel n'avait plus de nuages car la fumée des usines, des voitures et des cigarettes avait voi lé à jamais le bleu du ciel.
Il se dit alors que la mer lui apporterait de quoi survivre.
5
La bleue vie
Il arriva après plusieurs jours de marche à la mer. Quand il se trouva en face de cette immensité bleue, il se sentit vivre pour la première fois. Le vent avait momentanément chassé la fumée grise, le soleil brillait, des mouettes égayaient l'air de leurs cris joyeux. Il considéra cela comme un hymne à la vie.
C'est ce jour qu'il rencontra celle qui devint sa compagne. Elle était assise sur la grève, ses longs cheveux blonds et bouclés dansaient au vent. De loin, il l'avait observée. Elle s'était levée, s'était placée face à la mer, avait ouvert les bras comme pour embrasser l'horizon. C'est à ce moment là qu'il avait compris qu'elle ressentait le même respect pour la nature que lui-même. Il était allé la rejoindre, lui avait raconté sa vie. Et depuis ce jour ils ne se sont plus quittés.
Elle s'appelait Marjorie et voulait qu'on l'appelât Marjo. C'était si proche du prénom de sa mère qu'il considéra cela comme un signe du destin. Cette femme était celle qui allait lui redonner vie.
Ils construisirent une barque. C'est elle qui lui apprit. Ils partirent sur la mer, se laissant dériver au gré des courants, loin des côtes et des hommes. Ils vécurent ainsi pendant des années, échappant à la corruption de la civilisation.
Ils eurent trois enfants. Le premier naquit aveugle, le second était mentalement déficient, et la dernière était une adorable fillette blonde aux yeux bleus qui hélas n'avait pas de jambes. Ils n'avaient pas fuit assez loin, la civilisation les avait rattrapés.
Mais, ils étaient heureux. Qu'est-ce que de ne pas avoir de jambes quand on ne connaît pas d'autres enfants qui en ont? Qu'estce de ne pas avoir plus de raison qu'un moineau quand on ne se rend même pas compte que les autres en ont. Le bonheur n'est-il pas de s'aimer comme l'on est et d'apprécier chaque seconde qui passe comme si c'était la dernière?
6
La vérité vraie
Un beau jour de printemps, ils accostèrent sur une somptueuse plage. Ce jour rappelait à Marjo et à Paul le jour où ils s'étaient rencontrés. Ciel bleu, soleil, brise marine, chants de mouettes. Ils partirent pour une ballade en famille afin de retrouver non sans quelque curiosité et une grande appréhension le monde qu'ils avaient délaissé depuis si longtemps.
Le spectacle fut alors déchirant. Il n'y avait plus rien. Plus d'arbres, plus de maisons, plus de bateaux, même plus d'usines. Des ruines, seules, demeuraient. Et les oiseaux noirs qui tournaient autour des cadavres décharnés n'étaient pas des mouettes mais de macabres charognards. Plus rien n'existait. Ils étaient seuls au monde. Ils ne comprenaient pas ce qui avait pu se passer. Ils marchèrent, hagards, pendant des heures.
Soudain, une lumière violette apparut et ils comprirent. L'heure du châtiment était arrivée. Les hommes avaient détruits la nature jusqu'à un tel point qu'elle ne pouvait plus les protéger. Le trou dans la couche d'ozone était devenu si grand que le soleil les brûla vifs. Ils n'eurent ni le temps de souffrir, ni le temps de crier. C était fini.
Leurs corps n'eurent pas le temps de se faire dévorer par les charognards car une vague géante emporta tout sur son passage. La banquise avait fondu, le niveau des océans était monté et avait englouti les terres.
Epilogue
Qu'avaient demandé ces gens qui ont toute leur vie durant respecté la nature comme un Dieu tout puissant? Rien du tout? Qu'a fait Paul pour subir les horreurs qu'il a subi? Rien du tout.
Si, en fait, une cause et une seule est la raison de toutes ces atrocités: ses ancêtres étaient des égoïstes-nés. Que leur importaient-ils de pourrir la planète, ils savaient pertinemment que EUX n'en souffriraient pas, que les catastrophes cataclysmiques ne surviendraient seulement des milliers d'années après leur mort. Alors pourquoi s'en préoccuper?
De toute manière il était évident que la roue avait tourné et ne pouvait plus revenir en arrière. Comment auraient-i Is pu vivre sans voiture? Ils n'auraient pas pu, tout simplement. Alors que dire de la haute technologie, des téléphones portables, du pétrole ou encore des bombes nucléaires? Rien, il n'y a rien à dire à des inconscients volontairement inconscients. Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut voir. Ceci est tristement vrai et vraiment triste.
Qu'allons-nous laisser à nos enfants si ce n'est notre égoïsme en héritage?
Le 25 novembre 2000, la conférence de la Haye se solde par un échec total. Le réchauffement de la planète ne préoccupe personne. Rendez-vous dans mille ans pour un challenge: regarder nos enfants dans les yeux et plaider coupables.
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